Maroc: Nasser Zefzafi, le leader de la contestation, transféré à Casablanca

Au Maroc, Nasser Zefzafi, leader du mouvement de protestation qui secoue la région du Rif, a été arrêté lundi matin 29 mai, au terme d’une cavale qui aura duré trois jours. Vendredi dernier, le charismatique tribun du mouvement «Hirak» s’est attiré les foudres des autorités en interrompant un prêche de la grande prière dans une mosquée d’Al Hoceïma, chef-lieu de la région du Rif, d’où est partie la contestation il y a plus de six mois.

Nasser Zefzafi a été arrêté avec d’autres individus puis immédiatement transféré à Casablanca pour la poursuite de l’enquête menée par la brigade centrale de la police judiciaire. Il y rejoint la vingtaine de militants déjà en garde à vue et interpellés samedi et dimanche à Al Hoceïma.

Selon l’article 221 du Code pénal, Nasser Zefzafi encourt jusqu’à trois ans de prison ferme pour avoir perturbé une manifestation religieuse. Il est également soupçonné d’avoir reçu le soutien d’organismes étrangers, ce qui pourrait faire monter la peine à 20 ans de réclusion pour atteinte à la sécurité intérieure.

Au-delà des chefs d’inculpations, pour les proches, le transfèrement des prévenus dans la capitale économique marocaine distante de plus de 600 kilomètres d’Al Hoceïma participe d’une volonté bien réfléchie d’éloigner les principaux leaders de la contestation de la ville. Ces derniers jours, le mouvement s’était étendu avec des manifestations dans plusieurs autres villes comme Casablanca ou Rabat.

Depuis dimanche, le calme semble être revenu à Al Hoceïma, d’où est parti il y a plus de six mois ce mouvement de protestation populaire après la mort d’un vendeur de poisson qui avait choqué le pays. Les protestataires réclament notamment des mesures socio-économiques pour désenclaver cette région du nord-est du Maroc, parmi les plus pauvres du pays.

« Nasser Zefzafi est un cas emblématique de la jeunesse marocaine »

Les organisations solidaires du mouvement comme Attac et son co-secrétaire général Salaheddine Lemaïzi, basé à Casablanca, condamnent ces arrestations.

« On est face à une attaque des droits humains parce que l’Etat veut mettre fin à cette contestation à travers l’arrestation de ses leaders. Mais je pense que l’Etat se trompe parce que ce n’est pas en arrêtant ces personnes qu’on va pouvoir arrêter ce mouvement de contestation qui est un mouvement enraciné dans la société locale, souligne-t-il. Nous condamnons ces arrestations, surtout que les charges retenues sont très graves. On ne voit pas comment ces personnes ont atteint la sécurité de l’Etat. Ces luttes ont été pacifiques pendant sept mois alors qu’eux ont subi des répressions. »

Pour lui, Nasser Zefzafi est « un cas emblématique de la jeunesse marocaine. C’est quelqu’un qui n’a pas de formation politique, qui vient des milieux populaires, qui a un certain charisme et une certaine aura auprès de la population locale. Il a su rassembler les gens, analyse-t-il. Le grand échec de l’Etat, c’est que depuis 17 ans, on annonce les mêmes programmes. Comment voulez-vous que les gens puissent faire confiance à un Etat qui promet des choses depuis 17 ans qu’il n’arrive pas à appliquer ? »

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